Quel est le secret d’un magnifique aquarium planté en bonne santé ? Une bonne fertilisation combinée avec un apport suffisant de carbone (CO2), un éclairage équilibré et une bonne circulation de l’eau. Il y a du travail donc, mais déjà, le kit pour engrais maison, basé sur la méthode « Estimative Index », vous donne un bon coup de main pour la fertilisation de votre aquarium.
Le principe de la méthode « Estimative Index » est en fait très simple : vous ajoutez des nutriments à votre aquarium jusqu’à ce qu’ils soient en excès. De cette manière, vous avez la certitude que vos plantes d’aquarium n’ont jamais de carence et qu’elles peuvent pousser de manière optimale. Elles ont des nutriments à volonté, et croyez-moi, elles adorent ça.
Qu’est-ce que l’Estimative Index et qui l’a créé ?
L’Estimative Index, ou EI, est une méthode de dosage pour les plantes d’aquarium qui repose sur un principe simple : faire en sorte qu’une carence en nutriments ne puisse jamais être la cause d’un problème. Chaque semaine, vous donnez à vos plantes un léger excédent de nutriments, pour qu’elles aient toujours tout ce qu’il leur faut. En fin de semaine, un changement d’eau conséquent remet les compteurs à zéro pour la dose suivante. Vous sortez ainsi une grande inconnue de votre bac : si quelque chose cloche malgré tout, vous savez que ce n’est pas la fertilisation.
Bien nourrir, sans nourrir les algues
Une leçon à la fois, vous traitez la cause plutôt que les symptômes.
- Le bon engrais, au bon dosage
- Nourrir vos plantes, pas vos algues
- Moins d'algues
- Des plantes en pleine santé
La méthode : ma Pyramide de Croissance, brique par brique.
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La méthode a été mise au point par Tom Barr, un biologiste américain spécialisé dans les plantes aquatiques. Son constat de départ : la plupart des problèmes d’algues ne viennent pas d’un excès de nutriments, mais d’une croissance faible des plantes, elle-même causée par un manque de lumière, de CO2 ou de nutriments [1]. Les algues, elles, sont rarement limitées par le CO2, contrairement aux plantes aquatiques. Laisser vos plantes s’affaiblir, c’est laisser de la place aux algues. Des plantes fortes et bien nourries gardent au contraire les algues sous contrôle [2]. C’est pour cela qu’avec l’EI vous dosez volontairement un léger excédent : cet excédent ne provoque pas d’algues, ce que Tom Barr a démontré sur ses propres bacs [3].
Le nom le dit déjà : l’Estimative Index est une méthode d’estimation. Comme vous ajoutez une quantité fixe et généreuse d’engrais liquide, vous n’avez plus besoin de mesurer avec des tests. Et c’est plutôt une bonne chose, car la plupart des tests du commerce sont peu fiables. Vous l’avez sans doute déjà remarqué : le test de la marque A ne donne pas le même résultat que celui de la marque B, ou alors il faut littéralement deviner la couleur.
Mesurer ne veut alors plus dire savoir, mais parier. Le danger, c’est d’en tirer de mauvaises conclusions et de suivre un plan de fertilisation inadapté. Ce sont vos plantes qui en paient le prix. En plus, avec des tests vous ne réagissez que quand le mal est déjà fait : la carence est là et les plantes ont déjà souffert.

Mon All-in-One est construit exactement sur les proportions de l’EI, pour que vous puissiez suivre la méthode sans peser, mélanger ni calculer. Vous préférez préparer vous-même vos solutions ? C’est possible avec le kit engrais maison.
Comment appliquer la méthode Estimative Index
Comment allez-vous appliquer l’EI à votre propre aquarium ? C’est assez simple : il suffit d’ajouter de l’engrais une fois par jour ou deux à trois fois par semaine. Pour les aquariums peu éclairés ou contenant peu de plantes, vous pouvez même ajouter de l’engrais une fois par semaine.
Les engrais que vous ajoutez se divisent en deux grands groupes. D’une part, vous avez les micro-éléments (oligo-éléments) tels que le fer, le magnésium, le manganèse… Et d’autre part, vous avez les macro-éléments tels que l’azote, le phosphore et le potassium.
Les valeurs indicatives minimales et maximales que vous pouvez ajouter à votre aquarium sont les suivantes :
- Nitrate (pour l’azote) : 10 à 30 ppm
- Phosphate (pour le phosphore) : 1 à 3 ppm
- Potassium : 10 à 30 ppm
- Fer & oligo-éléments : 0,5 à 1 ppm
Pour les oligo-éléments, on se base sur la quantité de fer présente dans la solution, mais on peut toujours ajouter du fer supplémentaire avec l’engrais pour plantes d’aquarium « Ferro ». La quantité exacte à ajouter pour arriver aux valeurs en ppm ci-dessus est indiquée sur la bouteille, du moins avec les produits PlantedBox.
Si vous préparez vous-même votre solution mère, vous pouvez vous aider d’un calculateur ou, dans le cas de PlantedBox, de la cuillère doseuse fournie. Si par exemple vous voulez atteindre une valeur de 10 ppm dans un aquarium de 100 litres, et cela avec 10 ml de KNO3, le calculateur vous dira combien de grammes de poudre vous devez ajouter à votre bouteille. Si vous utilisez les engrais PlantedBox, vous lisez à l’arrière de l’emballage combien de cuillères vous devez ajouter à votre bouteille pour un dosage correct, tout simplement.
Le 7ème jour, vous faites un bon renouvellement de l’eau, idéalement 50% de l’eau. Cela permet de limiter la concentration des nutriments dans votre aquarium. Si par exemple vous dosez 20 ppm de nitrate et que vous changez 50% de l’eau toutes les semaines, vous ne pourrez jamais avoir plus de 40 ppm de nitrate. D’ailleurs, cette limite maximale n’est atteinte que si vos plantes n’absorbent aucun nutriment. Donc en réalité, cette limite est beaucoup plus faible puisque les plantes prennent toujours un peu de nutriments, surtout si elles sont en bonne santé.

Une deuxième fonction du renouvellement de l’eau, c’est d’éliminer les nombreux déchets produits par les plantes. Comme l’Estimative Index fait qu’elles poussent plus vite, elles vont aussi créer davantage de déchets. Si ces déchets restent dans l’eau trop longtemps, ils vont pourrir et produire des substances, dont l’ammonium, causant la prolifération des algues. Si vous changez l’eau régulièrement, vous diminuez donc les risques d’algues. Et en plus, avec l’eau du robinet, vous apportez à votre aquarium plein de nouveaux minéraux et de CO2, ce qui fera bien plaisir à vos plantes.
Vous avez un très gros aquarium et changer 50% de l’eau n’est pas une mince affaire ? Pas de problème car avec l’Estimative Index, il est aussi possible de moins renouveler l’eau, il suffit alors d’ajouter moins d’engrais. Par exemple, si maintenant vous ajoutez 30 ppm de nitrate et que vous changez 50% de l’eau, et que vous voulez vous mettre à changer 25% de l’eau au lieu de 50%, il suffit alors d’ajouter 15 ppm de nitrate. Vous obtiendrez ainsi la même limite maximale que dans l’exemple ci-dessus.
La méthode « Estimative Index » cause-t-elle l’apparition des algues ?
De nombreux aquariophiles ont peur que les grandes quantités de nutriments de l’Estimative Index causent l’apparition des algues. Cette peur n’est pas bien fondée. Regardez les photos, ce sont des bacs avec des quantités encore plus importantes que celles décrites dans cet article, et pourtant : aucune algue à l’horizon.
Comment est-ce possible ? Cela tient au fait que les engrais utilisés pour la méthode EI sont des engrais inorganiques. Ces produits sont déjà les produits finaux du processus de décomposition. Ils ne se décomposent donc pas et ne libèrent pas les substances qui font proliférer les algues.
C’est l’ammonium qui joue le rôle central ici, pas le nitrate. Tom Barr a constaté que de petites quantités d’ammonium suffisent à déclencher les algues, alors qu’à 120 ppm de nitrate aucune algue n’est apparue [4]. Autrement dit : ce n’est pas la quantité de nitrate qui décide, c’est la présence d’ammonium et de matière organique en décomposition.
L’idée selon laquelle les nitrates et phosphates causent l’apparition des algues dans les aquariums vient en fait du temps où on fertilisait avec de la nourriture pour poissons. Cette nourriture se décomposait dans l’aquarium en nitrates et phosphates par le biais des bactéries. Et ce processus de décomposition libérait des substances, dont l’ammonium, qui faisaient effectivement apparaître les algues. Malheureusement, on a fait le lien entre les nitrates et phosphates et les algues, au lieu de faire le lien entre l’ammonium et les algues. Avec les engrais actuels, ce problème appartient au passé.
Une autre cause de cette idée reçue tient à la façon dont la croissance et la demande sont liées. Tom Barr le dit clairement : quand la biomasse et la vitesse de croissance de vos plantes augmentent, la demande en CO2, en nitrate et en potassium augmente avec elles [5]. Si vous ajoutez des nutriments alors que votre CO2 est déjà tout juste suffisant, vous accélérez la croissance et vous creusez encore le manque de CO2. La conséquence : vous voyez davantage d’algues et vous faites le lien avec les nutriments supplémentaires. Ce n’est pas correct, puisque la cause directe des algues est la carence en CO2 ; les engrais ont seulement révélé le problème. Dans un tel cas, vous devez vous pencher sur l’ajout de CO2 et vous ne devez surtout pas diminuer l’ajout de nitrates et phosphates, pour ne pas causer une autre carence.
Si vous voulez un aquarium planté qui a vraiment la forme, vous devez davantage vous concentrer sur la santé de vos plantes que sur le contrôle des algues. Si les plantes de votre aquarium vivent dans des conditions idéales avec suffisamment de CO2 et beaucoup de nutriments, vous n’aurez quasiment pas d’algues. Si vous travaillez de manière préventive et que vous limitez la fertilisation par peur d’avoir des algues, vous aurez un risque beaucoup plus élevé de carences et, par conséquent, de prolifération des algues. Et après un certain temps, votre aquarium tombe dans un dangereux cercle vicieux.
En bref : nourrissez bien vos plantes pour qu’elles puissent s’épanouir et vous n’aurez pas de problèmes d’algues.
La méthode « Estimative Index » est-elle inoffensive pour les poissons ?
Une autre remarque qu’on entend souvent, c’est que la fertilisation EI serait mauvaise pour la santé des poissons et des crevettes. Regardons les chiffres.
Tom Barr a exposé pendant trois jours des poissons à 120 ppm de nitrate, provenant uniquement de KNO3. Résultat : la santé de vingt espèces de poissons sud-américains n’a pas été affectée [4]. Avec l’Estimative Index, vous visez 10 à 30 ppm de nitrate. Vous restez donc largement en dessous de la concentration à laquelle il n’a observé aucun effet sur les poissons.
Une nuance honnête, et elle compte : dans la même expérience, les crevettes Amano (Caridina japonica) se sont montrées nettement plus sensibles, avec 50% de mortalité à ces 120 ppm sur trois jours [4]. Vos crevettes supportent donc moins que vos poissons. À la dose EI de 10 à 30 ppm, vous gardez une marge confortable, mais si vous avez un bac à crevettes, gardez cette différence de sensibilité en tête et ne laissez pas le nitrate grimper.
Pour les autres substances, c’est plus compliqué, parce que les recherches scientifiques sont soit inexistantes, soit difficiles à transposer au contexte de l’aquariophilie. Pour la toxicité des phosphates, par exemple, il y a bien eu des travaux, mais ils ont été menés dans des lacs européens, des milieux qui n’ont rien à voir avec nos bacs densément plantés.
Pour une bonne partie de nos engrais, on se fie donc à la pratique, et la pratique montre que les concentrations que nous utilisons conviennent très bien aux poissons. Même des poissons réputés sensibles comme les sturisomas et les discus se reproduisent sans problème dans des aquariums fertilisés selon la méthode Estimative Index. Les photos de cet article le montrent.
Encore quelques remarques
La fertilisation Estimative Index, bien qu’elle soit un outil efficace, n’est pas un produit miracle vous permettant à lui seul de métamorphoser votre aquarium en une jungle luxuriante.
Il y a d’autres facteurs qui jouent un rôle important dans la santé de vos plantes. Prenez par exemple l’éclairage, la filtration, la circulation de l’eau et le CO2. Le CO2 en particulier est un point sensible pour les aquariophiles. Si le CO2 de votre aquarium n’est pas optimal, la fertilisation Estimative Index ne sera pas la solution à elle seule et vos plantes continueront de pousser mal. La solution est alors d’augmenter l’ajout de CO2 tout en continuant de fertiliser selon la méthode Estimative Index.
Dans de telles situations, l’Estimative Index est idéal pour rechercher la cause de vos problèmes. En effet, si vos plantes poussent mal et que vous soupçonnez que cela pourrait venir d’un manque de nutriments, l’EI vous permet d’exclure du problème l’azote, le phosphore, le potassium et les oligo-éléments. Il reste alors le CO2, l’éclairage et la circulation de l’eau et la filtration.
Sources
- Barr, T. « Algae: Liquid versus injected CO2 preference », Barr Report Forum, 2012.
- Walstad, D. Ecology of the Planted Aquarium, 1re édition, Echinodorus Publishing, 1999, chapitre X « Algae Control ».
- Barr, T. « Phosphorus’ Role in Aquatic Macrophyte Horticulture », Barr Report, vol. 2, n° 1, janvier 2006.
- Barr, T. « Nitrogen Cycling in Planted Aquariums », Barr Report, vol. 1, n° 6, juin 2005.
- Barr, T. « Growth Relations of Aquatic Macrophytes, Volume 1 », Barr Report, vol. 2, n° 10, octobre 2006.
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